Bhoutan oriental

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À l'est de Thrumshing La, vallées sharchop, tisserandes de soie kishuthara à Khoma et pâturages brokpa de Merak-Sakteng, dans un Bhoutan que peu de voyageurs atteignent.

Passé le col de Thrumshing La à 3780 m, le Bhoutan change de visage. Les sapins et les rhododendrons cèdent la place à des forêts subtropicales de chênes et de fougères arborescentes, les vallées se resserrent en gorges profondes, et la route serpente pendant des heures au-dessus du Kuri Chhu et du Drangme Chhu. Cette partie orientale du pays, organisée autour des dzongkhags de Mongar, Lhuentse, Trashigang, Trashi Yangtse et Samdrup Jongkhar, représente près d'un tiers du territoire mais reçoit moins de 5% des voyageurs internationaux.

La population y est majoritairement sharchop, dont la langue, le tshangla, diffère du dzongkha parlé à l'ouest. À cela s'ajoutent les Kurtoep autour de Lhuentse, les Brokpa de Merak et Sakteng, semi-nomades vivant entre 3000 et 4000 m avec leurs troupeaux de yaks, et plusieurs communautés monpa dans les vallées reculées. Cette diversité ethnique tient à l'histoire : les migrations tibétaines et indo-birmanes se sont superposées ici sur plusieurs siècles, et chaque vallée a longtemps fonctionné en quasi-autonomie avant l'unification du pays au XVIIe siècle.

Le tissage est l'activité textile centrale de la région. À Khoma, village perché au-dessus de Lhuentse, presque chaque maison abrite un métier à dos sur lequel les femmes tissent la soie kishuthara, un brocart à motifs continus dont une pièce demande de six mois à un an de travail. Un kira de cérémonie en kishuthara peut atteindre plusieurs milliers d'euros, et c'est de cette vallée qu'est originaire la mère du roi. Plus au sud, autour de Radhi dans le dzongkhag de Trashigang, on tisse le bura, soie sauvage de couleur écrue tirée d'un ver local, sur des métiers à pédales d'un autre type.

Le climat est sensiblement différent de l'ouest. À Trashigang, posée à 1100 m sur un éperon dominant le Drangme Chhu, les journées de printemps avoisinent 25°C et l'humidité reste forte. Mongar, à 1600 m, est un peu plus frais. Les rizières en terrasses descendent jusqu'à 600 m vers la frontière indienne, où poussent aussi bétel, agrumes et cardamome. Les versants nord, vers Lhuentse et Trashi Yangtse, conservent un caractère plus montagnard, avec des forêts denses et des villages accrochés à des pentes raides.

Les dzongs de l'est n'ont pas la monumentalité de Punakha ou Trongsa, mais leur emplacement et leur atmosphère méritent le détour. Le Trashigang Dzong, construit en 1659, surveille la confluence du Drangme Chhu et du Gamri Chhu depuis un promontoire vertigineux. Le Mongar Dzong, plus récent (1953), est l'un des rares à avoir été bâti en plaine. À Trashi Yangtse, le chorten Kora, réplique du Bodnath de Katmandou, attire chaque année en février-mars un grand rassemblement de pèlerins, dont les Dakpa venus de l'Arunachal Pradesh voisin.

Une raison concrète vient à notre équipe pour conseiller cette région : on y croise encore très peu d'autres voyageurs. Les hébergements restent simples, souvent des guesthouses tenues en famille, et les routes demandent de la patience, mais c'est précisément ce qui permet des échanges directs avec les tisserandes, les moines des petits monastères et les paysans qui n'ont pas l'habitude d'expliquer leur quotidien à un public étranger.

À découvrir

Tissage de la soie kishuthara à Khoma. Dans ce village de la vallée de Lhuentse, nous organisons une demi-journée d'observation chez une tisserande, avec explication des motifs et de la teinture naturelle des fils de soie.

Festival du chorten Kora à Trashi Yangtse. Mi-février à mi-mars selon le calendrier lunaire, deux journées de circumambulations rassemblent Bhoutanais et Dakpa de l'Arunachal indien autour d'un stupa de style népalais.

Trek de Merak à Sakteng. Quatre à cinq jours de marche entre 2800 et 4200 m, dans les pâturages des Brokpa, éleveurs de yaks qui portent encore le chapeau de feutre noir à cinq pointes.

Route Mongar - Trashigang. Environ 90 km en sept heures de conduite, à travers les gorges du Kuri Chhu, le col de Kori La à 2400 m et des hameaux de cultivateurs de maïs perchés au-dessus du vide.

Bomdeling et les grues à cou noir. De novembre à février, environ 150 grues hivernent dans cette vallée au nord de Trashi Yangtse, alternative confidentielle au site plus connu de Phobjikha.

Quand y aller

Nous recommandons deux fenêtres principales. D'octobre à fin novembre, le ciel est dégagé après la mousson, les rizières virent au doré autour de Mongar et Trashigang, et les températures oscillent entre 10°C la nuit et 22-25°C en journée à 1100 m. De mars à mi-mai, les rhododendrons et magnolias fleurissent sur les versants au-dessus de 2500 m, et c'est aussi la saison du festival de Kora à Trashi Yangtse et du Gomphukora.

De juin à fin septembre, la mousson rend la région difficile : les pluies dépassent 2000 mm par an dans le sud, les glissements de terrain coupent fréquemment la route entre Mongar et Trashigang, et l'humidité à 80-90% est éprouvante. Décembre et janvier sont praticables mais le col de Thrumshing La peut être enneigé et fermé plusieurs jours d'affilée, ce qui complique l'accès depuis Bumthang.

Conseils pratiques

Nous conseillons un minimum de 5 à 6 jours sur place pour la région, à intégrer dans un voyage total d'au moins 16 jours au Bhoutan. Deux logiques d'itinéraire fonctionnent : entrée par l'ouest depuis Paro, traversée progressive par Thimphou, Punakha, Phobjikha et Bumthang, puis descente sur l'est et sortie par la frontière de Samdrup Jongkhar vers l'aéroport de Guwahati en Assam, ce qui évite de refaire la route en sens inverse. L'autre option, plus rare, consiste à entrer par Guwahati et progresser d'est en ouest. Un vol intérieur Yongphula - Paro existe mais reste soumis aux conditions météo et nous le réservons toujours avec une marge de sécurité.

Cette extension orientale s'adresse à des voyageurs qui ont déjà parcouru l'ouest et le centre du pays, ou qui acceptent dès le départ un voyage long, avec de longues journées de route et un confort plus rustique qu'à Paro ou Punakha. Elle convient bien aux contemplatifs, aux amateurs de textile et d'artisanat, et aux randonneurs qui veulent marcher hors des sentiers fréquentés. Elle se prête moins aux familles avec enfants en bas âge, en raison des distances et de l'état des routes.

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