La légende du yéti mise à mal au Bhoutan

La légende du yéti mise à mal au Bhoutan

12 déc. 2018
Il y a deux ans, la correspondante de la BBC au Bhoutan, Candida Beveridge, s'est enfoncée dans les terres montagneuses de la région de Chendebji pour percer le secret du « migoi », nom donné au légendaire yéti. Ce cryptide de l'Himalaya a nourri pendant des générations les discussions des familles bhoutanaises, à la fois craintives et curieuses. Mais selon la journaliste britannique, le mythe de « l'abominable homme des neiges » s'essouffle peu à peu depuis la modernisation de la vie quotidienne. Pour en savoir plus, Candida Beveridge s'est rendue dans la ville de Chendebji au contact des derniers témoins de l'existence du yéti. Son hôte, Pem Dorji, une femme d'environ 70 ans au visage ridé et illuminé d'un sourire avenant, lui ouvre les portes de sa maison. À l'intérieur, une ambiance rappelant celle de la tanière de Père Castor. Câline, Grignote et Benjamin remplacés par les petits-enfants de la septuagénaire. Confortablement installée, Pem Dorji se remémore, 60 ans en arrière. « J'avais environ neuf ans. Je suis montée dans les montagnes pour ramasser des feuilles sèches pour le bétail. C'était peu après une forte chute de neige, qui avait duré neuf nuits. J'ai vu une gigantesque empreinte de pas. Celle d'un yéti. » Prise de panique, elle avait alors dévalé la pente pour rentrer chez elle le plus vite possible.  Un des enfants assis à côté de Candida demande alors si ces traces ne pouvaient pas être celles d'un autre animal. « Non, répond-elle. Quand j'ai décrit les empreintes de pas à mon père, il m'a expliqué que les pieds du yéti sont pointés vers l'arrière, contrairement aux pieds des humains. Son talon est à l'avant du pied. » À la nuit tombée, la tradition veut que les anciens narrent les contes des « migoi » aux enfants. 

Un aspect humanoïde

D'après les témoignages, le yéti tiendrait son visage de l'Homme. Sa fourrure, de couleur foncée brune ou noire, lui permettant de résister au froid glacial des sommets himalayens, ressemblerait à celle d'un singe. Les habitants de Chendebji estiment sa taille à celle de deux yaks, et imaginent sa force et sa dextérité comme étant surhumaines. Candida s'est baladée dans le village pour y rencontrer Kama Tschering. « Ses pieds et ses mains sont énormes, mais également semblables aux nôtres, explique l'homme de 73 ans. On dit aussi que le yéti a une épaisse chevelure qui tombe jusqu'à la poitrine. » D'après lui, le troisième roi du Bhoutan, Ngawang Tshering qui a régné entre 1701 et 1704, emmenait régulièrement des troupes d'explorateurs pour en apprendre plus sur les yétis. Ils leur conseillaient de dévaler la pente s'ils le voyaient car sa chevelure l'aurait alors aveuglé à cause du vent. En montant la pente il aurait eu toute vision sur eux pour les attaquer.
La légende du yéti mise à mal au Bhoutan
La taille d'un yak bhoutanais
Candida a rencontré le potentiel dernier témoin de la présence d'un yéti dans les montagnes de Chendebji. Norbu, un agriculteur de 38 ans. Il y a 20 ans, alors qu'il promenait son bétail, il serait tombé sur des traces de pas et de corps d'un « migoi. » Il assure y être retourné 5 ans plus tard, « le yéti avait brisé des bambous, les avait pliés en forme de demi-cercle, et avait planté les deux bords dans le sol. Il venait de créer sa tanière et avait dormi dedans, assure-t-il sciemment. Je sais qu'il existe ! » La journaliste a découvert que ce n'est plus le cas de tout le monde aujourd'hui.
La légende du yéti mise à mal au Bhoutan
Dessin de Yéti ©PhilippeSemeria

De nouvelles habitudes bouleversent la légende

L'agriculteur lui a assuré que les gens n'ont plus besoin d'aller à la montagne pour ramasser du bois ou nourrir leurs animaux. Ils cuisinent au gaz, et les habitudes agricoles ont changé. « Les villageois passent plus de temps à cultiver des cultures de rente comme les pommes de terre et les oléagineux », explique-t-il. La correspondante étaye. « Avant l'arrivée de l'électricité, les habitants passaient la majeure partie de la journée à chercher du bois de chauffage pour allumer des poêles et à monter dans les pâturages élevés pour faire paître les yacks et les chèvres. » Les villageois de Chendebji ne seraient plus montés dans les montagnes depuis près de deux décennies. Norbu, nostalgique, concède. « L'inconvénient, c'est qu'il n'y a plus de nouvelles histoires à raconter aux enfants. »

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